Travail social, accompagnement d’une personne en situation d’handicap du décès de son père.

Version résumé

J’accompagne au quotidien, dans un internat, un jeune homme autiste adulte (diagnostiqué autiste de Kanner lorsqu’il était enfant), d’une trentaine d’année.
Ce jeune homme s’exprime avec des mots plus ou moins articulés et plus rarement des phrases. Il les dit avec force à son interlocuteur.
Il pose des questions, interpelle, insulte aussi des fois mais se montre beaucoup plus mal à l’aise pour répondre à une question.

Il a un père et une sœur, il a perdu sa mère enfant.
Depuis son admission, il y a 4 ans, son père fait souvent des séjour à l’hôpital puis vient une maladie incurable.
Le père n’est plus présent au domicile pour accueillir son fils le week-end.

La question d’équipe est alors : comment accompagner le jeune homme dans la maladie et la mort de son père.
Dans la maladie, ni mes collègues, ni moi avons changé notre manière d’aborder la question.
Attentif à ses besoins, j’ai pu observer qu’il se prend beaucoup plus en charge, notamment autour de sa toilette (donc moins d’accompagnement en individuel), mais qu’il participe un peu moins dans les tâches de la vie quotidienne en collectivité. C’est aussi à ce moment qu’il enrichit son vocabulaire très rapidement.

Lorsque son père est mort, ma collègue infirmière demande ma présence pour lui annoncer l’état de fait, je ne me souviens plus très bien ce qu’elle a dit, mais c’était avec douceur et sans détours; il s’agissait aussi de savoir s’il désirait voir son père une dernière fois. Il est très dur de savoir ce que représente la mort pour une personne en situation d’un handicap mental accompagné d’un retard. J’ai alors ressenti le besoin de préciser que quand il verrait son papa, il ne pourrait pas lui répondre, ni le prendre dans ses bras.
Il décide qu’il souhaite voir son père. Je lui confie de l’argent de poche pour qu’il puisse réclamer de s’acheter une collation et ainsi avoir une excuse s’il souhaite changer d’avis au dernier moment.
L’infirmière me rapporte que le fils s’est effondré sur place en voyant le corps de son père, comme si ce que nous avions verbalisé prenait sens.
Il a assez vite repris contenance sur le moment et a continué à se prendre en charge les jours suivant (douche, linge…), par contre, il ne débarrasse plus ses couverts.
Il parle de son père quand il croise un encadrant, ou un autre salarié. Il dit « papa au revoir, fini » et signe de la main vers le ciel comme pour l’avion.

Ce fut une période très compliquée car chacun à son vocabulaire. Le verbe « partir » fut très confus.
En effet son père est parti dans la mort et à la même période une encadrante part pour travailler ailleurs.
Il parle de son père dans la rencontre avec l’autre mais aussi quand la situation est confuse, par exemple dans un moment de flottement ou quand une sortie est remise en cause. A ce moment-là, il évoque son père d’une façon un peu obsessionnelle et se répète.

Il y a eu aussi une confusion dans ce qui lui fut verbalisé par chacun sur le point de la religion qui est celle de ses parents et sur la question de la mémoire. Nous lui avions dit assez spontanément que son papa restait dans sa mémoire et dans son cœur, et d’autre part au ciel.
Va-t-on au ciel en avion, et comment?
Quelques mois après, il ne parle plus de son père sauf quand c’est le sujet qui vient à lui.

Juste avant le décès de monsieur, celui-ci s’est entretenu avec la demi-sœur (dont il n’est pas le père) pour maintenant lui laisser prendre le relais. Cette femme à su créer un lien avec son frère dans une juste mesure et une juste régularité.
C’est un accompagnement délicat que celui-ci. Etions-nous suffisamment présents en paroles, en gestes d’affection, en propositions? Fallait-il attendre qu’il demande de l’aide?
Le plus dur est sûrement de pas trop en faire et il a vraiment bien géré la situation. Dans cette situation, j’ai verbalisé des idées concrètes car cela a été nécessaires pour garder un rôle d’encadrant et une bonne distance.
Lui-même s’est montré très concret en l’annonçant à ses pairs lors d’un temps de parole avec une seule phrase bien construite et en obtenant une écoute sincère.

La mort d’un proche est une de ces choses de la vie qui arrive et qu’il faut assumer, mais la mort a ceci d’effrayant que nos codes sociaux l’impose de la vivre de telle ou telle manière. Il est question de séparation, c’est le mot « partir » que je retiens dans cette situation. Nous sommes confronté à toute sortes de départs (l’encadrant qui va travailler ailleurs) et ils nous aident à grandir, à nous structurer, à passer à autre chose en laissant nos anciens fonctionnement derrière nous.